Supprimer l’ENA ?

RECRUTEMENT ET FORMATION DES "FUTURES ELITES"

Le projet de suppression (ou de transformation) de l'ENA a conduit l'un de nos membres, lui-même ancien élève, mais non "zélote" a exprimé une libre opinion sur le sujet. Elle a déclenché un débat qui a beaucoup étendu le sujet, puisque les auteurs des libres opinions correspondantes ont posé la question beaucoup plus large du recrutement et de la formation des futures élites. Parmi les thèmes sous-jacents, les grandes écoles et le contenu de la formation. Vous pourrez prendre connaissance des contributions (en cliquant sur les liens correspondants), mais surtout nous espérons que les lecteurs voudront se jeter à leur tour dans l'arène"

Supprimer l’ENA ? Pourquoi pas ? Mais pourquoi ? Pour quoi mettre à la place ? Réflexions incorrectes d’un vieil ancien élève...

I - Rappelons tout d’abord quelques faits pas toujours bien connus :

- Il s’agit d’une école d’application
- Ses promotions sont de l’ordre de 70-80 personnes. Elles sont bien loin de fournir exclusivement la « haute fonction publique ». A contrario tous les élèves de l’ENA n’y accéderont pas. Contrairement à une croyance répandue, peu quitteront la fonction publique pour le privé ou la politique.
- L’école a été créée à la libération en réaction à « Vichy » et à « l’avant-guerre ». Elle a été conçue comme l’une des pièces d’une oeuvre de reconstruction de l’État. Michel Debré fut son architecte et son inspirateur.
- Compréhensibles à l’origine, les principes fondateurs sont devenus contestables et stérilisants au fil du temps. Certes, il y a eu des changements (délocalisation à Strasbourg...).Mais je ne crois pas qu’ils affectent le diagnostic.
- Cela dit, il ne faut pas confondre les défauts de l’ENA avec ceux de l’Administration, ni imaginer que sa suppression changerait tout, qu’elle éliminerait la bureaucratie, le corporatisme, les querelles de clans, l’autoritarisme, etc...

II - Restons donc sur l’ENA.

Pour ma part, je vois trois principales cause de dysfonctionnement, dues à ce que les principes créateurs n’ont pas été rajeunis :

1/ Une conception dogmatique de la vieille notion de service public, inculquée aux élèves auxquels elle est présentée comme une valeur transcendante, séparant le « bon grain » - l’intérêt général - de « l’ivraie » - l’intérêt particulier, en clair, le secteur privé. Cela ne contribue pas à faire sauter les barrières entre les deux...

2/ Conçue prioritairement pour exalter l’esprit de service public, la formation n’a pas été organisée en fonction des spécialités futures. Toute la promotion suit le même cursus sans tenir compte de l’hétérogénéité des compétences requises. Le résultat est que l’on n’approfondit pas. Contrairement à l’image communément répandue, on ne sort pas de l’ENA « technocrate ».

3/ Conséquence connexe : le choix des carrières se fera à la sortie, sous la forme d’un concours de sortie, puisqu’il faut un concours pour accéder aux différents corps proposés. Comme le concours de sortie porte en grande partie sur les mêmes matières qu’à l’entrée (avec, du reste, des résultats assez semblables) et que la concurrence est forte, parce que tous les postes offerts ne se valent pas, on « bachote », on n’apprend pas grand chose, sinon le conformisme. C’est dommage, car les fonctionnaires que l’on forme aujourd’hui seront ceux qui devront s’attaquer à l’adaptation de notre « contrat social ».

III - De profondes réformes me paraissent s’imposer. Je les résumerai en deux propositions, sans m’appesantir sur le sujet du nom ( garder ENA, ou trouver autre chose) .

1/ Un seul concours suffit : prévoir donc les affectations dès le concours d’entrée, l’école elle même devenant alors un vrai centre de formation professionnel...

2/Débarrassé du classement, on pourrait y pratiquer un apprentissage plus poussé des approfondi des connaissances et techniques vraiment utiles à l’exercice du métier choisi, et qui peuvent être très spécifiques. . Osons le dire, elles sont multiples. Par exemple : une vraie culture économique et comptable pour les postes financiers , du droit pour ceux qui seront magistrats, de fortes bases en histoire internationale et sur les techniques de la négociation pour les diplomates, etc... , avec peut être un tronc commun sur des sujets comme le numérique et la gestion des ressources humaines, etc...,

J’ai passé l’âge des illusions. Mes suggestions seront sans doute considérées comme trop politiquement incorrectes. J’ai peur que le réforme n’aborde guère le sujet de la qualité de la formation et se borne à pourchasser « l’élitisme », par exemple la suppression des grands corps, ou, au moins de l’accès direct. Plus de généraux de 40 ans ont dit les ronds-points ! Quant à la mixité sociale, il est plus facile de créer un quatrième concours (il y en a déjà trois !) que de faire fonctionner un système d’enseignement capable d’assurer un vraie égalité des chances dès les petites classes.


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